Un fournisseur vous appelle un mardi matin : rappel sur un lot de volaille livré il y a douze jours. Deux scénarios s'ouvrent.

Dans le premier, vous retrouvez en dix minutes le bon de livraison, le numéro de lot, ce qu'il en reste et les jours où il a été servi. Vous retirez ce qu'il faut, vous documentez, vous continuez votre service.

Dans le second, vous ne savez pas. Alors vous jetez tout ce qui pourrait en venir — et vous ne pouvez rien prouver.

C'est à cela que sert la traçabilité. Pas à remplir un classeur : à circonscrire un problème au lieu de le subir en entier.

Ce que la loi impose vraiment

Le texte de référence est l'article 18 du règlement (CE) n° 178/2002, la grande loi alimentaire européenne. Il impose à tout exploitant du secteur alimentaire de pouvoir identifier, à chaque étape, d'où viennent les produits et où ils vont. C'est le principe dit « un pas en avant, un pas en arrière ».

Appliqué à un restaurant, il se simplifie beaucoup — et c'est le point que la plupart des articles omettent :

SensCe que ça veut dire pour vous
Un pas en arrière
Traçabilité amont
Savoir de qui vient chaque produit, et pouvoir le prouver. C'est votre obligation principale.
Un pas en avant
Traçabilité aval
Savoir à qui vous avez vendu. Un restaurant sert des consommateurs finaux : vous n'avez pas à tracer quel client a mangé quel plat.
Cette nuance change tout dans la charge de travail. Votre obligation n'est pas de suivre vos assiettes, mais de maîtriser ce qui entre chez vous — et de savoir, en interne, ce qui a été ouvert, quand, et jusqu'à quand.

DLC ou DDM : la distinction qui change tout

C'est la confusion la plus coûteuse en restauration. Les deux mentions n'ont ni le même sens, ni les mêmes conséquences.

DLCDDM
Se lit« À consommer jusqu'au »« À consommer de préférence avant le »
Porte surLa sécurité sanitaireLa qualité : goût, texture, arôme
ProduitsDenrées microbiologiquement périssables : viandes, poissons, produits laitiers frais, plats préparésÉpicerie, conserves, surgelés, produits secs
Une fois dépasséeLe produit ne doit plus être utilisé — le risque est sanitaireLe produit reste consommable, sous votre responsabilité et après contrôle
Jeter un produit à DDM dépassée est un gaspillage ; utiliser un produit à DLC dépassée est une faute. Apprenez à vos équipes à lire la mention plutôt que la date — c'est le libellé, pas le chiffre, qui décide.

Le numéro de lot

C'est l'identifiant qui permet à un fournisseur — ou à vous — de remonter à une production précise. En cas de rappel, c'est lui et lui seul qui détermine si vous êtes concerné.

Où le trouver :

Recopiez-le exactement, caractère par caractère. Un Q pris pour un 0, un chiffre oublié, et votre registre désigne un lot qui n'existe pas. Sur les marquages jet d'encre, prenez le temps de vérifier à la lumière : c'est le seul champ de tout votre registre où l'à-peu-près ne sert à rien.

Le produit entamé : la DLC secondaire

Dès qu'un conditionnement est ouvert, la date du fabricant ne s'applique plus seule. Une poche de sauce à DDM 2027 ouverte aujourd'hui ne se garde pas jusqu'en 2027.

La réglementation ne fixe pas de durée universelle après ouverture : elle relève de votre responsabilité d'exploitant, et vous devez pouvoir la justifier. La pratique la plus répandue en restauration commerciale est de trois jours, mais elle s'ajuste au produit et aux préconisations du fabricant.

La règle qui tranche : la date applicable est toujours la plus proche des deux — celle du paquet, et la date d'ouverture augmentée de votre durée de conservation.

Concrètement : une mozzarella à DLC du 28 octobre, ouverte le 17 septembre, avec trois jours de conservation après ouverture, doit être consommée le 20 septembre. La date du fabricant reste vraie, mais ce n'est plus elle qui commande.

Tout produit entamé doit porter une étiquette lisible avec sa désignation, sa date d'ouverture ou de fabrication et sa date limite d'utilisation. C'est ce que vérifie un inspecteur en ouvrant votre chambre froide, avant même de regarder vos papiers.

Ce que doit contenir votre registre

Deux volets complémentaires.

À la réception

Vos bons de livraison et factures constituent l'essentiel de votre traçabilité amont. Conservez-les classés par fournisseur et par date. Ils doivent permettre de retrouver le fournisseur, la nature du produit, la quantité et la date de livraison.

Ajoutez-y le contrôle à réception : température relevée, état de l'emballage, conformité acceptée ou refusée. Un produit refusé et documenté vous protège ; un produit accepté sans contrôle vous engage.

À l'ouverture

InformationPourquoi
Désignation du produitIdentifier ce dont on parle
FournisseurRemonter la chaîne en cas d'alerte
Numéro de lotSavoir si un rappel vous concerne
Date d'origine du paquetLa limite du fabricant
Date et heure d'ouverturePoint de départ de la conservation
Durée de conservation appliquéeJustifie la date limite retenue
Personne qui a ouvertResponsabilité et suivi

Sur la durée de conservation des enregistrements, la réglementation demande un délai « approprié » sans le chiffrer partout. La pratique courante en restauration commerciale est d'au moins six mois ; confirmez auprès de votre DDPP départementale.

Le test à trois minutes

Voici comment savoir si votre traçabilité tient, sans attendre un contrôle. Prenez un produit ouvert au hasard dans votre chambre froide et répondez à ces quatre questions, montre en main.

  1. De quel fournisseur vient-il ?

    Si vous hésitez entre deux, votre traçabilité amont est déjà en défaut.

  2. Quel est son numéro de lot ?

    Il doit être lisible sur le produit ou dans votre registre. Pas « quelque part dans les bons de livraison ».

  3. Quand a-t-il été ouvert ?

    Sans étiquette d'ouverture, personne ne peut répondre — pas même celui qui l'a ouvert.

  4. Jusqu'à quand peut-il servir ?

    La plus proche des deux dates. Si la réponse est celle du paquet, vous avez oublié la conservation après ouverture.

Quatre réponses en trois minutes : votre système fonctionne. Une seule hésitation : c'est exactement là que ça cassera le jour du rappel.

Le tenir sans classeur

Le papier fonctionne, à condition d'être renseigné au moment de l'ouverture — pas le soir, pas de mémoire. C'est précisément ce qui ne se produit jamais en plein service.

C'est la raison d'être du module Hygiène HACCP de RatioChef. À l'ouverture d'un produit, vous le retrouvez dans votre base d'ingrédients — celle qui alimente déjà vos fiches techniques — et sa durée de conservation après ouverture est reprise automatiquement. Vous saisissez le lot et la date du paquet, l'application calcule la date applicable et vous alerte avant l'échéance.

Le module couvre aussi le plan de nettoyage, les relevés de température, les contrôles à réception, les checklists de service et l'impression des étiquettes de produits entamés.

Votre traçabilité, prête à répondre

Lot, dates, conservation après ouverture et alertes avant échéance. Vos produits ouverts sont listés par date limite, et l'historique s'imprime tel quel.

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Synthèse : les 5 réflexes

La traçabilité ne vous protège pas d'un incident. Elle vous permet d'y répondre en dix minutes plutôt qu'en vidant une chambre froide entière — et de prouver que vous saviez ce que vous serviez.

Jérôme Roman — RatioChef
Jérôme Roman
Fondateur de RatioChef. Accompagne les restaurateurs indépendants dans le pilotage de leur food cost, de leur rentabilité et de leur hygiène.