Vous avez des plats qui se vendent bien mais qui ne vous rapportent presque rien. D'autres qui génèrent une belle marge mais que personne ne commande. Et quelques-uns qui font les deux à la fois — sans que vous sachiez vraiment lesquels. Le menu engineering est la méthode qui répond à ces questions, plat par plat.

C'est l'outil utilisé par les grandes chaînes pour piloter leur carte depuis les années 1980. Il est accessible à n'importe quel indépendant qui dispose de deux données : ses volumes de vente et ses coûts matière.

Qu'est-ce que le menu engineering ?

Le menu engineering est une méthode d'analyse qui croise deux indicateurs pour chaque plat de votre carte :

L'objectif n'est pas de supprimer tout ce qui se vend mal ou de garder seulement ce qui coûte peu à produire. C'est de prendre des décisions éclairées sur chaque plat : le mettre en avant, le retravailler, le repositionner sur la carte, ou le retirer.

La méthode a été formalisée par Kasavana et Smith en 1982. Elle repose sur une matrice à quatre cases que chaque restaurateur peut construire avec ses propres données.

La matrice des 4 catégories

Chaque plat de votre carte appartient à l'une de ces quatre catégories selon qu'il est au-dessus ou en dessous de la moyenne de popularité et de marge de votre établissement :

Marge élevée
Marge faible
Populaire · Rentable

Stars

Vos meilleurs plats. Ils se vendent bien et dégagent de la marge. À mettre en avant et à protéger.

🐄
Populaire · Peu rentable

Plowhorses

Vos locomotives. Ils font du volume mais tirent votre marge vers le bas. À retravailler.

Peu populaire · Rentable

Puzzles

Vos plats sous-estimés. Ils rapportent bien mais personne ne les commande. À promouvoir.

🐶
Peu populaire · Peu rentable

Dogs

Les candidats à la suppression. Ils mobilisent des stocks et ne rapportent rien.

Les données dont vous avez besoin

Pour construire votre matrice, il vous faut pour chaque plat de la carte :

  1. Le nombre de ventes sur la période analysée (données de caisse, minimum 4 semaines)
  2. Le coût matière du plat — issu de votre fiche technique
  3. Le prix de vente HT
  4. La marge brute par plat = prix de vente HT − coût matière

À partir de là, vous calculez pour l'ensemble de votre carte :

Chaque plat est ensuite comparé à ces deux moyennes. Au-dessus sur les deux : Star. En dessous sur les deux : Dog. Et ainsi de suite.

Exemple sur une carte de pizzeria

PlatVentes/moisMarge bruteCatégorie
Pizza Margherita1428,20 €Star
Pizza Andalouse1185,60 €Plowhorse
Pizza Truffe2410,80 €Puzzle
Pizza Végétarienne194,90 €Dog

Moyenne popularité : 75 ventes/mois · Moyenne marge : 7,10 €

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Ce qu'on fait concrètement avec les résultats

⭐ Stars — Protégez et mettez en avant

Vos Stars sont votre actif le plus précieux. Ne les modifiez pas sans raison valable. Assurez-vous qu'ils sont bien visibles sur la carte : haut de rubrique, encadré, photo si votre support le permet. Formez votre équipe en salle à les mentionner en suggestion.

Une hausse de prix modérée (+0,50 € à +1 €) sur un Star est souvent indolore pour le client et immédiatement visible sur votre marge.

🐄 Plowhorses — Travaillez les coûts sans toucher le prix

Le Plowhorse se vend bien — ne touchez pas à son prix de vente, vous risquez de tuer les ventes. Travaillez à la place sur le food cost : substituez un ingrédient coûteux par un équivalent moins cher, affinez les grammages, réduisez discrètement la taille des portions. Quelques dizaines de centimes récupérés sur un plat vendu 100 fois par mois changent significativement votre résultat.

❓ Puzzles — Changez leur visibilité, pas leur recette

Un Puzzle est rentable mais ne se vend pas. Avant de le retirer ou de le retravailler, demandez-vous pourquoi il ne se vend pas. Souvent, la réponse est simple : il est mal placé sur la carte (bas de page, milieu de rubrique), son nom n'est pas engageant, ou les équipes en salle ne le mettent jamais en avant.

Déplacez-le en haut de sa rubrique. Reformulez son nom. Demandez à vos serveurs de le citer systématiquement. Souvent, un Puzzle devient une Star sans changer une seule ligne de recette.

🐶 Dogs — Supprimez sans état d'âme (presque)

Un Dog mobilise des stocks, occupe une place sur la carte, et complexifie la production. Avant de le supprimer, vérifiez une seule chose : est-il un produit d'appel ? Certains plats peu populaires et peu rentables existent pour une raison précise — attirer un type de client, satisfaire une contrainte (régime, allergie, végétarien) ou répondre à une demande régulière d'un client fidèle. Si ce n'est pas le cas, supprimez-le. Simplifier votre carte, c'est aussi simplifier vos achats, votre production et vos stocks.

Les erreurs à éviter

À quelle fréquence faire l'analyse ?

Une fois par trimestre est un bon rythme pour la plupart des établissements. À chaque changement de carte, ou après une modification de prix fournisseur significative, refaites l'analyse — les classements peuvent changer rapidement si un ingrédient clé augmente.

Le menu engineering n'est pas un exercice ponctuel. C'est une discipline de gestion régulière, au même titre que la lecture de votre food cost mensuel.


En résumé

  • Le menu engineering croise popularité et marge brute pour classer chaque plat en 4 catégories
  • Stars (populaire + rentable) → à mettre en avant et à protéger
  • Plowhorses (populaire + peu rentable) → à optimiser par les coûts
  • Puzzles (peu populaire + rentable) → à promouvoir en salle et sur la carte
  • Dogs (peu populaire + peu rentable) → à supprimer sauf exception stratégique
  • Analyser par rubrique, par service, et au minimum une fois par trimestre